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Cette marche a été organisée par la fraternité Paul-Aurélien pour un groupe d'environ 50 personnes. Une navette assurait chaque jour le retour au point de départ.
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Nous commençons cette première journée par un tour rapide de la cathédrale de St-Pol-de-Léon. Nous nous attardons un moment devant la cloche de Paul-Aurélien qui daterait du VIe siècle. Après la chapelle du Kreisker nous descendons vers le bord de mer par la fontaine de Gourveau. D'après la vie de Paul-Aurélien écrite au IXe siècle par Wrmonoc moine à Landévennec, c'est là que Paul-Aurélien se serait arrêté avec ses compagnons avant de rentrer dans la ville de St-Pol. Ensuite, nous suivons le sentier côtier. Nous nous arrêtons pour le pique nique dans l'anse de St-Jean, près de la butte de Trégondern qui domine la région.
L'après midi nous franchissons la Penzé au Pont de la Corde en faisant un arrêt à la chapelle Ste-Marguerite qui se trouve à côté. Là aussi se trouve le monument Guéguen qui rappelle les risques pris pour rallier l'Angleterre pendant la dernière guerre.
+ Saint-Pol-de-Léon
"Ce lieu, dis-je, est à l´évidence très beau et très agréable, car sa façade visible est tournée vers le sud, vers tous les rayons du soleil depuis son lever jusqu´à son coucher" peut-on lire dans la vie de saint Paul Aurélien écrite en 884 par Wrmonoc, moine à l´abbaye de Landévennec. Wromoc parle de l´actuelle ville de Saint-Pol de Léon. Il raconte ensuite comment fut créé le diocèse de Léon et comment Paul Aurélien devint son premier évêque au début ou vers le milieu du 6ème siècle.
La cathédrale actuelle fut commencée à la fin du 13ème siècle. Les mâchicoulis du côté nord rappellent que la vocation militaire de la ville est restée forte jusqu´au 14ème siècle. Dans la cathédrale on conserve le souvenir de saint Paul Aurélien. Une dalle dans le choeur marque l´emplacement de son tombeau. Un reliquaire en forme de petite chapelle contient le crâne et un humérus de saint Paul Aurélien. On conserve aussi dans la cathédrale la cloche dite de saint Paul. A l´origine c´était un gong dépourvu d´anse et de bélier. Il est possible qu´elle date du VIe siècle. Au IXe siècle, Wrmonoc parle d´une cloche "connue parmi tous les chrétiens", ce qui laisse penser qu´à cette époque elle était déjà ancienne. Il existe en Bretagne cinq autres cloches anciennes, à Goulien (Finistère), Paule (Côtes d´Armor), Saint-Brieuc (Côtes d´Armor), Locronan (Finistère) et Stival (Morbihan). Comme à Saint-Pol, celle de Paule est aussi un gong.
Pour la deuxième journée, une moitié du groupe part de bon matin de Carantec pour rejoindre le reste du groupe qui attend un peu plus loin dans l'église de Locquénolé. Nous nous arrêtons pour le pique nique à la chapelle de la Salette. L'après-midi nous rejoignons Morlaix par la chapelle ND des Anges. Avant de poursuivre vers Ploujean, l'étape du jour, nous faisons un circuit dans la ville de Morlaix par la rue Longue, le quartier de St-Mathieu, et la fontaine du Carmel. Le premier étage du viaduc étant ouvert, nous revenons facilement à notre point de départ en passant d'une rive à l'autre de la rivière de Morlaix et en profitant du panorama qui se dégage sur la ville.
+ Locquénolé
Locquénolé est un territoire minuscule de 87 ha aux origines mal connues. C´était l´enclave la plus occidentale de l´évêché de Dol, mais on ignore depuis quand. Une notice du XIe siècle du cartulaire de Landévennec nous indique également que c´était une ancienne possession de l´abbaye de Landévennec. Situé au bord de la rivière de Morlaix, en face de l´ancien port de Morlaix (le Dourduff), Locquénolé est un ancien point de passage. Un écrit du XIe siècle raconte comment saint Guénolé a franchi la rivière à cet endroit après avoir effectué un miracle. La paroisse de Locquénolé possède toujours des reliques du saint. Une troménie (tour de la paroisse) y était organisée autrefois à l´Ascension. On y portait en procession les reliques de saint Guénolé.
L´église de Locquénolé a été en grande partie réédifié au XVIIe siècle. Elle a conservé sa nef romane (fin du XIe siècle). Sur Les chapiteaux romans on retrouve une combinaison de motifs choisis parmi les quatre éléments suivants: triangle, croix volute personnage. Ces combinaisons de motifs semblent dénoter une progression vers un accomplissement.
En arrivant dans le choeur, nous passons du 12e siècle au 17e siècle. Dans le retable, saint Guénolé, un Christ aux outrages et saint François d´Assise encadrent un tableau de la Sainte Famille. Le tableau de la Sainte Famille a été composé au 17e siècle par Charles Vignon. Il est structuré en croix. En horizontal, c´est la fuite en Egypte. En vertical apparaît une Trinité. A gauche du choeur, une Vierge à l´Enfant porte un pélican qui régurgite un poisson. Le pélican est un symbole du Christ. On disait jadis qu´il donnait sa propre chair à manger à ses petits. Le crâne reliquaire de saint Guénolé est exposé dans une vitrine. A droite du choeur, un tableau récent représente saint Guénolé habillé en moine irlandais et guérissant un aveugle. Le recteur de Locquénolé est représenté en arrière-plan ainsi que sainte Thérèse (en bleu).
+ Morlaix, la chapelle de la Salette
C'est le 19 septembre 1846 que la Vierge serait apparue à deux enfants de la Salette-Fallavaux près de Grenoble. Dans les jours suivants, la prieure des Augustine de la maison St-François, mère Sophie de Coatgoureden, a pris l'initiative d'entrer en contact avec l'abbé Perrin, curé de la Salette. Elle reçoit en retour de l'abbé Perrin un fragment du rocher sur lequel la Vierge avait posé le pied. L'aumonier de la communauté, de Kermenguy, se met en devoir d'ériger un petit oratoire pour abriter la relique. Il choisit comme emplacement la salle de verdure où les frères franciscains avaient l'habitude de se réunir pour des conférences spirituelles, là où se trouve aujourd'hui la chapelle de la Salette. Un premier oratoire est construit dès le début de 1847. C'est le premier jamais construit en l'honneur de ND de la Salette.
La même année, deux fillettes tombent malades dans l'école annexée au couvent des soeurs. On entame un neuvaine de prières (neufs jours de prière pour rappeler que le christ est mort à la 9e heure). L'état des jeunes filles ne s'améliore pas et on enchaîne les neuvaines. Et voilà que les fillettes sont guéries le 19 septembre 1847 alors que se terminait une neuvaine de prière. Une telle coincidence à la date anniversaire des apparitions provoque l'afflux des pèlerins. Le 1er mars 1848 on entame la construction d'un nouvel édifice. Le premier pardon et la bénédiction ont lieu le 18 sept 1848. Comme les apparitions n'étaient pas encore reconnues, la chapelle est placée sous le vocable ND Réparatrice à la demande de Mgr Graveran, évêque de Quimper et Léon.
Construite à la hâte, la chapelle s'écroule peu après. On commence une nouvelle construction en prenant soin cette fois de faire appel à un architecte, Pol Potier de Courcy. Etienne Clech professeur de dessin au collège de Saint-Pol-de-Léon participe également à l'élaboration des plans. Les apparitions de la Salette sont reconnues en 1851. La consécration de la chapelle de Morlaix a lieu le 21 juin 1860 alors qu'à la Salette Fallavaux les constructions n'avaient pas encore commencé. Dans les Alpes elles ne commenceront qu'en 1861 pour se terminer en 1869.
L'élément le plus important de la chapelle de Morlaix ce sont les vitraux, "le filtre de la lumière de Dieu" selon Paul Claudel. Les 18 vitraux ont été réalisés en trois campagnes et par trois verriers.
La première campagne a été menée par Etienne Clech et les tableaux réalisés par Jean-Louis Nicolas, maître-verrier à Morlaix jusqu'en 1912. Ce sont les trois vitraux du choeur qui contiennent 26 tableaux et les vitraux de la façade. Comme les apparitions n'étaient pas encore reconnues, les références à ND de la Salette sont très discrètes. Dans le vitrail n°1 à gauche dans le choeur, on voit à bas à droite ND de la Salette et deux personnages en bragou braz. En haut à gauche on voit à nouveau ND de la Salette et deux enfants. Dans le vitrail n°0 on trouve des scènes de l'Ancien Testament, notamment la descente aux enfers, le sacrifice d'Isaac (qui porte une croix à la place d'un fagot), et Joseph dans la citerne (ou Jérémie). Au bas et à droite du vitrail n°2, on trouve représenté le bureau de recrutement des zouaves pontificaux à Quimper. L'année de la bénédiction de la chapelle est aussi celle de la création zouaves pontificaux. Il y avait un bureau à Quimper qui a recruté une centaine de Finistériens.
Pendant la seconde campagne de 1919, on a réalisé un unique vitrail. C'est le n°7 qui donne sur le transept. Les apparitions étant désormais reconnues, on a pu réaliser un vitrail entièrement dédié à ND de la Salette. La Vierge est représentée dans une mandorle. Elle porte une croix sur la poitrine. Aux branches de la croix sont attachées deux outils de la Passion: le marteau et les tenailles. A ses pieds on voit Mélanie Calvat qui avait 14 ans au moment des apparitions, et Maximen qui était plus jeune. Le donateur est "BG". Le vitrail est signé Vosch.
Pour la troisème campagne de vitraux vers 1930 on a fait appel au verrier Rault de Rennes. Treize baies ont été réalisées. Elle représentent des saints pour la plupart en lien avec la proche région de Morlaix.
En lien avec le vitrail n°2, le vitrail n°8 représente les zouaves à la guerre de 1870.
Troisième journée. Après une visite de l'église de Ploujean, nous rejoignons l'anse du Dourduff pour une pique nique au bord de l'eau. L'après midi nous montons vers la chapelle St-Antoine qui se trouvait au bord d'une voie antique reliant St-Pol à Lanmeur par Locquénolé. De là nous suivons une autre voie antique recyclée en chemin de randonnée pour revenir vers le Dourduff-en-Terre. La fontaine Jésus (Feunteun Jesus) se trouve au bord de ce chemin. Vincent Prigent, recteur de Plouézoc'h de 1679 à 1690 y avait fait graver une inscription latine désormais presque illisible: "BIBE AQUAS VIATOR DE QUIBUS PUERI BIBEBUNT...", "Bois donc voyageur l'eau que boiront tes enfants...".
Du Dourduff-en-Terre nous suivons le chemin de St-Jacques à l'envers pour rejoindre Lanmeur en passant par les douves de St-Mélar où le saint aurait été rattrapé par ses bourreaux avant d'être décapité. Juste avant le bourg de Lanmeur c'est la chapelle de Kernintron qui était un prieuré de l'abbaye de St-Jacut-de-la-Mer au même titre que St-Sauveur de Dinan où la Trinité-Porhoët pour ne citer que deux grandes étapes du Tro Breizh. Nous terminons la journée dans l'étonnante crypte romane de l'église de Lanmeur.
+ Lanmeur
Le sanctuaire Notre-Dame de Kernintron en Lanmeur aurait été fondé au VIe siècle par saint Samson, premier archevêque de Bretagne. Kernintron signifie le lieu de madame (la Vierge). L´édifice que nous voyons aujourd´hui date du XIIe siècle. Il s´agit d´un ancien prieuré de l´abbaye de St-Jacut-de-la-Mer. Célébré le 15 août, le pardon de Kernintron était l´un des plus importants de Bretagne. Le 15 août 1909, la statue ND de Kernintron a été couronnée solennellement en présence de huit évêques, plusieurs centaines de prêtres et 12000 fidèles. Le couronnement accordé par le Pape Pie X plaçait Kernintron au même rang que les grands sanctuaires voisins: Rumengol, Le Folgoët ou Notre-Dame-des-Portes. Bien que très abimé, le porche sud laisse encore deviner une mandorle où trône un Christ-Juge entouré des quatre animaux, symboles des Evangélistes. Les chapiteaux sont difficiles à interpréter. Il semble qu´ils expriment les mystères de la double création, une première création terrestre suivie d´une seconde. Le côté ouest est plus travaillé que le côté est. Le côté est semble représenter la première création (ou la première naissance) à travers des végétaux qui sortent de terre. Le côté ouest semble représenter la seconde création (ou la seconde naissance) à travers des végétaux qui s´attachent à l´anneau divin. Ceux-là donnent des fruits. La nef de Kerintron est préromane.
A proximité, l´église de Lanmeur a été reconstruite en 1904. La nef néogothique est voûtée sur croisées d´ogives. De l´ancienne église on a conservé la crypte du XIe siècle. Après l´assassinat de Mélar, une légende affirme qu´on mit son corps sur un chariot tiré par des boeufs et qu´on prit la route de Lexobie (peut-être le Yaudet par où nous passerons avant d´arriver à Lannion). Une fois arrivés à l´emplacement de la crypte actuelle, les boeufs refusèrent d´avancer. On en déduisit que c´était là que saint Mélar voulait reposer. Le reliques de saint Mélar ont reposé là jusqu´aux invasions normandes au IXe siècle. Par la suite elles arrivèrent dans l´église Saint-Jacques du Haut Pas (Paris). De là les reliques furent dispersées ainsi que son culte, à Orléans, Meaux, Amesbury (Angleterre). C´est ainsi que saint Mélar est aussi devenu le patron de Meilars, Locmélar (entre Landivisiau et Sizun), St-Méloir des Ondes, St-Méloir des Bois,... Locmélar possède encore un fragment de relique. A Lanmeur une relique minuscule est présentée le jour du pardon. Les piliers de la crypte sont particulièrement remarquables de part leurs proportions et leurs ornementations.
Quatrième journée. Nous commençons la marche à Guimaëc et nous rejoignons la chapelle des Joies. Au lieu de rejoindre directement Plestin, nous faisons le détour de Locquirec en passant par la Pointe du Corbeau d'où le panorama se dégage sur Locquirec et la baie de St-Michel-en-Grèves. Après Locquirec nous passons par l'Ile-Blanche avant de rejoindre la baie de St-Michel-en-Grèves. Du Grand Rocher on évoque le souvenir de la voie ancienne qui passait sur la grève et reliait Morlaix à St-Brieuc.
+ Guimaëc. L'église
Guimaëc vient du vieux breton « gwik » (bourg) et de Saint-Maëc (ou Maeoc ou Maoc), disciple de Saint-Samson. La paroisse englobait autrefois les enclaves doloise de Lanmeur et de Locquirec
Une partie du mobilier provient de l'ancienne chapelle du Christ: poutre de gloire (XVIème siècle, provenant de la chapelle du christ, depuis 1978)), retable de la Passion (XVIème siècle). L'autre retable de la Passion provient de Notre-Dame des Joies. Les tableaux des autel latéraux sont signés "Blevin 1790". Parmi les statues, on trouve: saint Laurent, saint Sébastien, autel saint Joseph, saint Mélar (XVIème siècle), saint Pierre, patron de la paroisse, Notre-Dame, Joseph d'Arithmatie, saint Côme et Damien, sainte Anne triple, une Trinité (XVIème siècle), un retable doré (XVIe siècle art flamand), saint Maëc, Vierge de ste rose, saint Corentin, sainte Rose de lima (de la chapelle du même nom), saint François d'Assise (des joies), saint Dominique, saint Eloi, saint Yves (pilier).
Le Christ-Roi en robe et couronné provient de la chapelle christ et date de 1556 environ. Il a une fleur de lys dans la couronne. C'est le Christ-Roi, que l'on trouve encore à Plouégat-Moysan, à Botsorhel, chapelle de Sainte-Anne à Lampaul-Guimiliau, Loc-Maria-Quimper, Sainte-Croix de Quimperlé, et autrefois à Pont-Christ de La Roche, près de Brézal.
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+ Guimaëc. Chapelle des Joies
La chapelle Notre-Dame des Joies se cache derrière un rideau d´arbres. Elle a été classée en 1906 et restaurée en 1975 suite à l'action du maire Bernard Cabon et de l'abbé Person. En 1999 elle a obtenu le prix du Sénat dans le cadre d'un concours récompensant le travail de mise en valeur de la chapelle.
D´après la tradition, la chapelle fut fondée vers le XIIIe siècle par la famille de Trémédern. Le fils aîné avait suivi le duc de Bretagne en Terre Sainte. Après plusieurs années, alors qu´on le croyait mort, le voilà de retour. Arrivé près de Trémédern dans le chemin étroit qui passe aujourd´hui près de la chapelle, il tombe sur un cavalier qui l´empêche de passer. Les fers se croisent aussitôt. A la fin du combat qui arrivait à sa conclusion mortelle, les cavaliers s´aperçoivent qu´ils sont frères. Pleurant de joie, ils font le serment de construire une chapelle en l´honneur de Notre-Dame. Ce fut Notre-Dame de la Joie. il existe plusieurs lieux dédiés à la joie en Europe et en Bretagne, notamment les abbayes de la Joie à Hennebont et à Campénéac. Ces lieux rappellent souvent des événements qui auraient pu mal se terminer.
La clôture du choeur est formée de barres de chêne qui s´enlacent. Le choeur est entièrement peint de scènes représentant pour la plupart la vie de la Sainte Vierge. Devant l´autel, on trouve une Nativité avec sur la droite l´arrivée des rois mages et d´une armée de cavaliers.
Dans la chapelle sud on trouve représenté un épisode du livre de Tobie. Il n'est pas impossible que ce choix soit en lien avec la tradition de la fondation de la chapelle. Tobie est représenté à cheval sur le poisson qui a failli lui arracher le pied. Il enlève le fiel, le coeur et le foie du poisson comme le lui a commandé l´ange Raphaël. Cela lui permettra d'échapper à un danger mortel.
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+ Plestin. La lieue de Grève
Autrefois la baie de St-Michel-en-Grèves était un champ de dunes dominé par le Grand Rocher (Roc'h Karlès puis Roch al laz au siècle dernier). La route longeant la baie n'existait pas et on devait passer par la grève. Située dans l'alignement des deux extrémités de la baie, la croix de mi-lieue balisait le parcours entre Toul-Efllam et St-Michel. Quand "la croix nous voit" on peut traverser. Autrement dit, si le flot cerne la croix, la traversée devient périlleuse. On dit aussi que la croix se déplace tous les sept ans de l'épaisseur d'un grain de blé et quand elle atteindra St-Michel la fin du monde sera proche. La digue du grand rocher a été terminée vers 1916 pour permettre le passage d'une route. Elle s'est écroulée peu après avant d'être reconstruite.
Un énorme dos de sable barrait aux cours d'eau l'accès direct à la mer. Le Yar rejoignait le Roscoat et passait devant l'église St-Michel où un gué donnait accès à la grève. Vers 1834 les charrois de sable ont entamé la dune et les cours d'eau en ont protifé pour se frayer un passage direct vers la mer.
Dès l'époque romaine une voie stratégique traversait la baie. Pour contrer les invasions venant de la mer, le Tractus Armoricanus et Nervicanus a été créée officiellement en 370, sous le règne de l'empereur Valentinien Ier. Ce commandement militaire unifié avait pour but d'assurer la défense des côtes de l'Armorique et de la Nervie, ce qui correspond à la Normandie et à la Bretagne jusqu'à la Loire. En Armorique il s'appuyait sur des places fortes qui contrôlaient les estuaires. Les mieux connues sont celles de Brest, du Yaudet et d'Alet. A St-Michel un poste romain est également possible près du Grand Rocher à Coz-Iliz. C'est vraisemblablement à cette époque qu'à été construite la voie romaine qui passait dans la baie de St-Michel. Venant de Brest, elle arrivait par Morlaix, et continuait vers Lannion, Pontrieux et St-Brieuc. De là on pouvait poursuivre vers Alet ou Avranches.
Cette voie à l'origine militaire a été utilisée pendant plus de mille ans. Elle a eu une importance considérable. Cinq évếchés se sont implantés au bord de cet itinéraire qui relie les fonds d'estuaires du nord de la Bretagne: St-Pol-de-Léon, Tréguier, St-Brieuc, St-Malo et Dol-de-Bretagne. Il semble que cette route était également utilisée pour aller de Rennes à Morlaix. On en a pour preuve la mésaventure d'un négociant de Rennes qui s'est fait agresser à Toul-Efflam alors qu'il se rendait à Morlaix. Cela se passait vers 1720. La construction d'une nouvelle route rectiligne entre Rennes et Morlaix par Guingamp vers 1750 a provoqué le déclin de cet itinéraire millénaire et l'a retrogradé au rang de simple liaison entre Morlaix et Lannion.
C'est dans la baie de St-Michel que saint Efflam aurait accosté au VIe siècle. En arrivant, il trouve le roi Arthur en personne, exténué par trois jours de combat contre le dragon qui rançonnait la baie. C'était le plus rusé de tous les dragons, il allait jusqu'à rentrer à reculons dans sa caverne pour faire croire qu'il était sorti. Quand Efflam arrive, la bête se calme et on va la noyer dans la baie au Rocher Rouge. Dans une variante du Barzaz Breiz, Efflam fait jaillir une source ce qui permet à Arthur de se désaltérer et de capturer le dragon. Puis Efflam rencontre saint Gestin qui lui cède sa cellule. Enora, la femme d'Efflam arrive à son tour après avoir accosté à Coz Yaudet. Saint Efflam a son tombeau dans l'église de Plestin.
Le barde Gwenchlan est généralement lié au Menez-Bré. Il y a également des partisans du Grand Rocher (Roch Karlès). Comme saint Samson aurait supplanté Merlin en Haute-Bretagne, saint Efflam aurait supplanté Gwenchlan au Grand Rocher.
A une époque plus récente, l'évêque de Tréguier donnait le Roch Karlès, écrit Hyrglaz dans le texte de la donation, à l'abbaye du Mont St-Michel en 1086. L'abbaye du Mont-St-Michel était alors en pleine expansion et le Roch Karlès était situé au bord d'une route importante qui allait vers le Mont-St-Michel. Le prieuré de Hyrglaz créé, les moines ne se gênent pas pour prélever la dime bien au délà du Grand Rocher ce qui provoque la protestation du clergé paroissial, Une transaction de 1261 ne laisse au moines que le Grand Rocher et la chapelle de Lancarré. Le bout de la grève devient prieuré sous le nom de St-Michel-en-Grève mais ne figure pas aux possessions de l'abbaye. Le prieuré de Hyrglaz était quelque part sur ou près du Grand Rocher.
Pendant les Guerres de la Ligue, Plestin était pour la Ligue. Les Royaux tenaient Coatfrec et Tonquédec. Un combat à l'arquebuse a eu lieu sur la grève le 12 mai 1590. Il y a eu 17 morts. Efflam Pichic, recteur de Plestin écrit dans ses registres paroissiaux: "NS Dieu, par sa sainte miséricorde qu'il lui plaise de les recevoir et colloquer en son paradis. Amen."
Au XIXe siècle, le Roch Karlès est devenu le Roch al Laz, le rocher du meurtre. Le déclin du site a sans doute permis aux brigands d'opérer dans une relative tranquilité. En 1933 apparait une nouvelle génération de bardes. Il viennent célébrer le gorsedd au Roch Karlès. Lors de la construction du Mur de l'Atlantique la plage est minée et couverte de chevaux de frise. En 1944, la plage est utilisée pour le débarquement de barges alliées et le ravitaillement de Brest. Le sable dur supporte le passage d'engins lourds. La croix de mi lieue est abattue (depuis elle a été replacée ).
De nos jours et surtout en été, on vient au Grand Rocher admirer le panorama peut-être parce que comme le dit la tradition "Quand vient le mois de mai: saint efflam a neus laket et vrago glas, saint Efflam a mis son pantalon bleu". De là on percevra peut-être le murmure d'une ville d'Ys qui est paraît-il engloutie dans la baie. Un pêcheur de la baie l'aurait aperçue entre deux eaux et l'écrivain Ernest Renan en parle aussi: "il me semble souvent que j'ai au fond du coeur une ville d'Is qui sonne encore des cloches obstinées à convoquer aux offices sacrés des fidèles qui n'entendent plus."
La plupart des éléments rapportés ci-dessus sont extraits de l'ouvrage de D. Lucas, "Histoire et légendes de la lieue de Grève".
Références
Cinquième journée. Nous reprenons la marche à Trédrez où saint Yves fut recteur de 1284 à 1292. On quitte Trédrez par le pavé de saint Yves qui tient son nom du chemin suivi par saint Yves pour aller du presbytère à l'église. Après le château de Coat-Trédrez, on arrive au Yaudet pour le pique nique. L'après midi on poursuit le long du Léguer par Loguivy-lès-Lannion et l'église de Brélévenez à Lannion.
+ Ploulec'h. Le site du Yaudet
C'est au Yaudet que débarqua sainte Honora, la femme de saint Efflam. Ecoutons Albert Le Grand raconter comment Honora a quitté la Bretagne insulaire pour la Bretagne Armorique puis trouvé Efflam.
"Et s´estant déguisée, se déroba de la cour & entra dedans, se laissant conduire où il plairoit à Dieu; lequel, par une speciale Providence, la guida au Havre du Coz-Gueaudet, à l´emboucheure de la riviere de Legué, où elle arriva, le troisiéme jour de son embarquement; &, la mer s´estant retirée, son vaisseau demeura à sec sur le sable, en une des ecluses que le Gouverneur avait en ce havre, & y fut trouvée par le fermier de ces ecluses, qui, ayant sceu d´elle le sujet de son arrivée en ces costes, & qu´elle cherchoit un jeune Prince Hybernois, nommé Efflam, luy dit, qu´à trois lieuës de là demeuroit un saint Hermite du pays & du nom qu´elle disoit."
Le promontoire du Yaudet c´est aussi un site stratégique qui contrôle l´une des principales voies d´accès à l´intérieur de la Bretagne. Les fouilles ont révélé l´existence de plusieurs forteresses gauloises puis romaines. Les murs romains sont encore bien visibles par endroits. On dit parfois que le Yaudet fut un chef-lieu gallo-romain puis le siège de l´évêché de Tréguier. On sait qu´il y eut ici une forteresse importante mais il est difficile d´en dire plus. Dans l´église, au dessus du maître autel, on a placé une Vierge couchée. Les Vierges couchées sont rares. Il faut aller au Yaudet, à Paimpol ou à Lanrivain pour en voir une. Ici, au Yaudet, la Vierge est dans son lit. Elle a près d´elle son Fils. Dieu le Père se trouve à côté et la colombe du saint-Esprit veille au dessus du lit.
+ Lannion. L'église de Brélévenez
C´est par un escalier de 140 marches qu´on monte au "Crec´h Tanet", la "colline brûlée" qui domine Lannion et sur laquelle s´élève l´église de Brélévénez. Des origines de l´église de Brélévenez on ne sait rien. Elle a sans doute été bâtie par un ordre religieux mais on ignore lequel. Brélévenez signifie mont de la joie. C´est une paroisse depuis le XVIIIe siècle.
Si le porche et le chevet sont romans, la nef est du XIVe siècle. Lors de la guerre de succession de Bretagne, l´édifice avait été transformé en forteresse par le connétable de Clisson qui trouvait la position exceptionnelle en face de Lannion. En 1395, le duc de Bretagne a demandé la destruction des fortifications et les bas-côtés ont été entièrement refaits sur croisées d´ogives.
Le retable du maître-autel a retrouvé ses couleurs du XVIIe siècle lors de la restauration de 1998. Le tableau central représente une descente de croix associée à une Trinité. Le père éternel tient dans ses bras son fils descendu de la croix. Une colombe représentant le Saint-Esprit plane au-dessus d´eux. Deux statues entourent le tableau, à gauche un evêque de Tréguier, à droite et l´ange Gabriel tenant Tobie par la main. En haut du retable, Notre-Dame des Neiges tient dans la main le sceptre royal. L´appellation peut avoir un rapport avec la neige mais on ignore lequel.
Dans la chapelle sud, le grand retable de bois sombre est dédié à la Trinité. Il est surmonté d´une Trinité. Il a été offert par la corporation des tisserands de Créc´h-Tanet ce qui explique la présence de l´emblème de la corporation: la navette du tisserand. Au dessus de la chaire à prêcher, l´ange du jugement sonne de la trompette. Dans le déambulatoire, un beau groupe sculpté représente l´Ascension. La Vierge est entouré de six apôtres à longs manteaux.
Dans la chapelle nord, le retable des Trépassés a été offert par la confrérie du même nom qui avait pour rôle de prier pour le salut des défunts. Adossé à un pilier de la nef, un représentation rare de l´enfant Jésus accompagné de Jean-Baptiste. Dans la crypte, mise au tombeau du XVIIIe siècle. A la tête du Christ, Nicodème, la Vierge et Marie-Salomé. Au pieds du Christ, l´apôtre Jean, Marie-Madeleine et Joseph d´Arimathie.
Sixième journée. On reprend la marche à Caouënnec-Lanvézéac et on suit la vallée du Guindy en passant par l'église de Lanvézéac. On franchit le Guindy au Pont Romain qui marque l'endroit où passait la grande voie romaine Morlaix/Lannion/Runan/Pontrieux/St-Brieuc que nous avons déjà croisée dans la baie de St-Michel. Peu après, on arrive à la chapelle de la Salle pour le pique nique. L'après midi on passe par l'église de Lanmérin puis celle de Langoat où se trouve le tombeau de sainte Pompée, la mère de saint Tugdual. Tréguier n'est plus qu'à quelques kilomètres.
+ Langoat
Saint Pompée était la mère de saint Tugdual. Son tombeau se trouve là où elle a vécut, à Langoat. Il existe toujours dans l'église de Langoat. C'est un sarcophage en granit haut d'un mètre et large de 65cm sur lequel est couchée la statue de la sainte. Il porte la date 1370.
On y remarque un navire portant un abbé armé de sa crosse, une femme et un enfant: c'est saint Tugdual et sa mère passant de l'île de Bretagne en Armorique. L'enfant représente peut-être les disciples du saint. Sur une autre face du tombeau, un corps est couché, couvert d'un suaire. Vers lui se dirige un long cortège de religieux avec croix processionnelle. Ce sont les obsèques de sainte Pompée et saint Tugdual arrive de Tréguier avec ses moines.
Il existait autrefois un pèlerinage très fréquenté. Une grande procession partait de Tréguier avec les reliques de saint Tugdual. Cet événement était considéré comme une bénédiction pour la future récolte. La procession a disparu à la Révolution. Elle a été relancée une fois après 1850. On a entendu à nouveau une foule immense lancer d'une seule voix son immense acclamation: "Arri eo zant Tual da welet he vamm!", "Saint Tugdual arrive voir sa mère!". La bannière de sainte Pompée s'avança alors vers celle de saint Tugdual et les deux bannières se saluèrent.
La gwerz de sainte Pompée fait remonter cette procession à saint Tugdual lui-même. Qu'il soit mort ou vivant, le saint aurait promis à sa mère de venir une fois l'an l'honorer à Langoat (strophe 18). L'abbé Le Pon, vicaire à la cathédrale de Tréguier a recueilli une version de la gwerz de sainte Pompée vers 1850. Nous publions ci-dessous quelques strophes cette grande composition de la poésie populaire bretonne. Les dix-neufs premières strophes concernent la vie de la sainte. Les suivantes décrivent les miracles opérés par elle.
Quelques strophes semblent résulter d'additions modernes, notamment celle qui fait de saint Goneri et de saint Lunaire les compagnons de saint Tugdual. Saint Goneri est venu du pays du pays de Vannes pour s'installer à Plougrescant. Sa vie n'en fait pas un compagnon de saint Tugdual. Quant à saint Lunaire qui s'est établi à Saint-Lunaire près de Dinard, la confusion vient sans doute du nom de sa mère Alma Pompa qu'il ne faut pas confondre avec saint Pompée.
1. O Dieu, qu'il fera bon, pour qui sera au paradis, d'entendre les saints et les anges chanter les louanges de Dieu !
2. Quand le coq chante à minuit, les anges chantent au paradis ; quand le coq chante au point du jour, ils chantent tous, anges et saints.
3. Je voudrais être un petit tus entendant chanter la musique, entendant chanter jour et nuit les saints et les anges du paradis.
4. Sainte Pompée de Langoat, qui fait miracles sur miracles, a quitté le pays de Bro-Soz espace pour gagner le paradis.
5. Fille d'un roi de Gwened, quand son mari fut mort, elle dit adieu à son pays de Berjer, pour suivre son fils à Tréguer,
6. Et son fils saint Tual et elle, et son grand ami saint Goneri, et plus de 363 autres : saint Tual était leur chef (leur capitaine).
7. Avec elle encore était sa fille Séva, une princesse de haute sainteté, et un autre fils, saint Léonor, qui a été évêque en Arvor.
8. Léonor fut évêque d'Aleth, c'est la qu'il s'est sanctifié ; saint Tual le fut à Tréguer, et Pape à Rome, d'après ce qu'on lit.
9. Elle alla jusqu'au bout du bois (chef du bois) où est aujourd'hui Langoat. Elle y a bâti une chapelle, afin d'y vivre comme les ermites.
10. Sainte Pompée disait, quand elle arrivait à la chapelle du Bois : « ici est le lieu saint, où je viendrai mourir. »
11. « Ici est le lieu dans lequel mon pauvre corps sera enterré ; après qu'il y aura été enterré, les pèlerins viendront visiter. »
12. Son fils Tual répondit à Pompée, sa mère, quand il l'entendit : "Sauf votre respect, mère, vous ne le serez pas (enterrée ici), c'est à l'église de la paroisse que vous viendrez.
13. A l'église de la paroisse vous viendrez, ou dans une chapelle sur le cimetière ; une grille autour de vous sera élevée, là viendront les pèlerins.
14. Et moi j'irai bâtir ma maison sur la paroisse noble du Minihy ; moi j'irai bâtir mon monastère dans la ville de Tréguer
15. Mon ami fidèle, saint Goneri, n'ira pas habiter loin de moi, il n'ira pas demeurer loin d'ici, puisqu'il s'arrête dans la paroisse de Plougrescant.
16. Quand j'entendrai sonner sa cloche, son souvenir me viendra au coeur ; et quand mes cloches sonneront au branle, il se souviendra au moins de moi.
17. Bien dur serait le coeur qui ne pleureait, dans la chapelle du Bois s'il se trouvait, en entendant les adieux que se faisaient son fils Tual et elle!
18. Mon fils Tual, tu viendras une fois l'an jusqu'à ma maison. Oh! oui, ma mère, je viendrai; si l'on ne me porte, je marcherai.
19. Si l'on cessait de t'y porter, il n'y aurait plus de bonheur : on ne récolterait chaque année que mi-année de blé.
20. Sainte Pompée de Langoat est très bonne pour les pauvres gens : aux malades elle rend la santé, et aux boiteux le marcher.
21. Aux sourds ...
60. Il y aurait eu (à l'église de Langoat) des seuils de fer, que les pieds n'auraient pas usés, les pèlérins de tous pays apportant à Langoat leur prière.
61. Gens de tout pays et de tout âge, accourez au pardon de Langoat! Sainte Pompée, demandez pour nous tous la gloire de la Trinité!
Ainsi soit-il!
Recueilli et traduit par M. l'abbé Le Pons
+ Tréguier
La cathédrale de Tréguier a été bâtie au XIVe siècle sur une sorte d´éperon rocheux au confluent du Jaudy et du Guindy. Le chantier de l´édification de la nef a subi plusieurs interruptions pendant la guerre de Succession de Bretagne. Ceci explique la variété des styles de la nef qui constraste avec l´unité du choeur, construit postérieurement, à la fin du XIVe et au début du XVe siècle.
Le gisant du duc de Bretagne Jean V date de 1947. Il remplace l´ancien tombeau jeté dans le Jaudy en 1794. Capturé lors d´un guet-apens en 1420, le duc Jean V avait fait voeu d´élever un tombeau et une chapelle à saint Yves et d´être enterré dans la cathédrale de Tréguier. Le duc avait financé les travaux en donnant l´équivalent en argent de son poids en armure. Comme l´ancien tombeau du duc et tout le mobilier de la cathédrale, l´ancien tombeau de saint Yves édifié par Jean V avait été détruit en 1794. Le nouveau tombeau a été achevé en 1889.
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